Il n’y a rien à faire, le scénario est toujours le même quand il s’agit de mon bilan sanguin. J’ai beau prévenir le médecin que ça va être difficile, il ne me croit jamais (et je pense secrètement qu’il s’en fiche).
L’infirmière, elle, commence à s’inquiéter quand elle a tâté mes deux bras et qu’aucune veine ne ressort. En plus, j’ai toujours les mains gelées, ce qui ne facilite pas la recherche d’une veine. Quand c’est la première fois que l’infirmière me rencontre, comme ce matin, elle me demande naïvement où on me pique d’habitude. Mais je n’ai malheureusement pas de réponse. Au petit bonheur la chance ?
Pourtant j’ai suivi tous les conseils qu’on m’a donnés :
- Boire suffisamment d’eau
- Garder les mains et les bras au chaud le plus longtemps possible
- Faire tremper mes mains dans l’eau chaude
- Utiliser une petite aiguille type épicrânienne, comme pour les enfants
Il n’y a pas de solution miracle.
J’inspire un bon coup lorsque l’aiguille traverse ma peau et je fixe le mur. Je n’ai pas besoin de regarder pour savoir que la veine a filé. L’infirmière sonde le terrain en déplaçant l’aiguille, ça fait un mal de chien. Le pire, c’est qu’il n’y a pas une goutte de sang qui arrive dans le tube. Autant de souffrances pour rien…
Lorsque l’infirmière a épuisé les recours sur les bras, elle se penche vers mes mains, en s’excusant d’avance car ça va faire encore plus mal. Celle de ce matin me répète, éberluée, qu’elle n’a jamais vu ça, alors qu’elle a l’habitude de piquer les cas difficiles, notamment ceux qui sont sous traitement de chimio. Je suis entièrement consciente que je suis le cauchemar des infirmières.
Une lueur d’espoir revient quand le premier tube est rempli. Je ne peux pas crier victoire trop vite, car il en reste encore sept à remplir… et à la fin du troisième tube, ma petite veine se tarit. Elle estime qu’elle a assez donné pour aujourd’hui. L’infirmière essaye de pomper en connectant une petite seringue sur l’embout du tuyau, mais sans succès. Il faut repartir à l’affût d’une veine plus solide.
Je ressors de la salle d’extractions 30 minutes plus tard, lessivée. Et maintenant m’attendent les autres rendez-vous de la journée, pour mesurer ma capacité respiratoire, réguler mon transit, vérifier mes exercices respiratoires, contrôler mon diabète… Le point positif, c’est qu’on fait tout ça pour mon bien, pour me maintenir le plus longtemps possible en meilleure santé possible. Alors je suis finalement bien contente de pouvoir vous raconter toutes ces péripéties.
Rayons de sourire,
Jessica

Mélanie – 3 avril 2011
Le lendemain, j’accompagnai Jeanne à l’hôpital de La Paz, pour la fameuse prise de sang. En fait, elle avait accepté de participer à un protocole de recherche, dans lequel on étudiait un possible lien entre la colonisation au pyo et les pathologies cardiaques chez les patients mucos. L’étude se basait essentiellement sur une échocardiographie, et mon amie avait signé tout de suite, soucieuse de se rendre utile à la communauté muco. Je me rappelais combien elle avait été frustrée de ne pas pouvoir participer à l’étude clinique qu’on lui avait proposée à Londres, à cause de ses polypes dans le nez. Mais, et le « mais » n’était pas négligeable, en plus de l’échographie, il fallait faire un bilan sanguin. Jeanne y était allée à reculons, pour finalement abandonner après huit (oui, huit !) tentatives ratées d’aiguilles qui ressortaient invariablement de son bras sans la moindre goutte de sang. L’infirmière était contrariée car l’écho ne pouvait pas être bien exploitée sans cette prise de sang. Au strict minimum, il leur fallait au moins un tube pour le bilan martial (qui permettait l’étude du métabolisme du fer dans le sang). Et puis surtout parce qu’elle était terriblement frustrée, elle qui se vantait de pouvoir piquer sans problème n’importe qui, même les cas les plus difficiles : les enfants, les diabétiques, les cancéreux... Or, là, elle était tombée sur un os. Jeanne s’était tout de même présentée à son rendez-vous d’échographie, apparemment dans un hôpital super moderne, puis elle avait prévu de retourner à La Paz pour faire une nouvelle tentative de prise de sang, en se servant de moi comme talisman. J’espérais ne pas décevoir ses attentes.