Rayons de sourire (Profiter de la vie malgré la maladie)

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jeudi 18 janvier 2018

Bandelette contre gouttelette

C’est le cœur léger que je quitte l’hôpital ce mardi après-midi, soulagée d’avoir pu résoudre un problème qui me paraissait insoluble.
Un problème tellement intime et tellement gênant que j'ai mis beaucoup de temps à le reconnaître comme tel, puis à l'accepter. Un problème tellement embarrassant que j'ai mis encore plus de temps avant d'en parler aux professionnels de santé. Un problème tellement incommodant que ma qualité de vie a périclité. Un problème tellement délicat qu'il m'a fallu presque dix ans pour pouvoir en parler avec mes proches (et encore, parler est un bien grand mot). Un problème qui me faisait tellement honte que je préférais le passer sous silence dans mes Billets du Jeudi.
Et pourtant, si j'ai pu m'en débarrasser, c'est bien parce que d'autres mucos ont osé briser ce tabou et m'en ont parlé ouvertement. En partageant avec moi leurs expériences, heureuses et malheureuses, elles ont largement contribué à me libérer de ma propre gêne, et à m'orienter vers une solution. C'est pourquoi je m'adresse aujourd'hui à ceux (mais surtout celles) qui se reconnaîtront dans ce calvaire.

urologie

La mucoviscidose est une maladie qui touche principalement les voies respiratoires et le système digestif. Voilà comment je vous ai présenté ma maladie. Pour ceux qui y ont prêté attention, le "principalement" annonce qu'il y a d'autres atteintes dues à la maladie, dont on parle peu car elles ne sont pas d'importance vitale.
Comme dans le déballage d'une pochette surprise, j'ai découvert au fur et à mesure les petits "à côté" liés à ma maladie, qui sont rarement agréables. De ma pochette surprise sont sortis les polypes du nez, puis les rhumatismes palindromiques, suivis du diabète lié à la muco et un an plus tard, l'incontinence urinaire à l'effort. Donc, dès la moindre petite quinte de toux, c'était l'angoisse.
Je m'étais inscrite à un atelier de rééducation du périnée dans un cabinet de kiné pour enrayer cette nouvelle complication. Dans le groupe, j'étais la plus jeune, la seule qui n'avait jamais accouché et pourtant je présentais les symptômes les plus graves. La kinésithérapeute a fait preuve de beaucoup de tact avec moi et m'a fait venir régulièrement à des séances individuelles pour renforcer mon périnée. Elle m'a fait travailler différentes méthodes : l'électrostimulation périnéale (avec une sonde vaginale), le biofeedback, la respiration hypopressive abdominale et la méthode manuelle. J'ai introduit dans ma routine quotidienne des exercices que je faisais tous les jours dans les transports. Petit à petit, je me suis musclée, et au bout de quelques années (oui, quand même !), j'ai pu contrôler quelques épisodes fâcheux, ce qui m'a procuré une certaine satisfaction.
Ensuite je suis tombée enceinte, et j'ai eu peur (à tort) de mal faire pour le bébé. J'ai continué les exercices sur les trajets, mais j'ai espacé les rendez-vous avec la kinésithérapeute. Curieusement, je n'ai quasiment pas souffert d'incontinence durant ma grossesse.
Par contre, après l'accouchement, c'était une autre histoire. Comme tout le monde, j'ai eu une ordonnance pour 10 séances de rééducation du périnée post-partum. Néanmoins, j'avais perdu beaucoup de tonus et à la fin des séances prévues, j'ai enchaîné sur une nouvelle série de dix pour espérer retrouver un certain confort de vie. Sans succès.
Un an plus tard, ma garde-robe était essentiellement composée de robes foncées ou noires ("au cas où") et j'avais investi dans les protections hygiéniques pour l'incontinence. Adrien me rappelait chaque matin que je mettais "ma couche" au moment de m'habiller. On a vu plus efficace pour redonner confiance en soi à une jeune maman que son corps rebute...
Et puis, il y a eu les épisodes de trop ("la goutte d'eau qui fait déborder le vase" serait une image bien en-deça de la vérité), qui m'ont poussée à parler franchement à mon médecin. La pneumo m'a envoyée en consultation d'urologie (encore une fois, j'étais la plus jeune en salle d'attente !).
J'ai d'abord fait un test pour vérifier le bon remplissage de la vessie et son bon fonctionnement. Comme prévu, mon problème venait exclusivement du périnée, qui ne se contractait plus à l'effort. Le chirurgien m'a proposé une opération qui a fait ses preuves : la pose d'une bandelette qui soutient l'urètre, de façon à former un petit hamac. (Petite révision d'anatomie : les urines sont stockées dans la vessie, et évacuées par le canal de l'urètre.)
Je n'ai pas hésité longtemps avant de prendre rendez-vous pour l'opération. L'intervention est réalisée par les voies naturelles, sous anesthésie locale et elle est très peu douloureuse. Les contre-indications à la sortie sont assez simples : ne pas porter de charge lourde (Adrien, tu vas devoir marcher !), ne pas prendre de bain, ne pas pratiquer de sport qui sollicite les abdominaux, ne pas avoir de relations intimes. Un mois plus tard, comme l'examen d'urines est normal, le chirurgien me donne le feu vert pour reprendre une vie normale... mais en mieux, car c'est une vie où je peux renouer avec une vie de femme épanouie ! (et en plus, c'est les soldes, alors je peux renouveler ma garde-robe !)
Rayons de sourire,
Jessica

jeudi 3 mars 2016

Nouveau Bijou

Je me remets petit à petit de l'opération d'hier.
Comme je suis colonisée au Pseudomonas de façon chronique, je ne vais pas échapper aux cures de perfusions d'antibiotiques pour nettoyer mes poumons de temps en temps. Depuis qu'on m'avait enlevé mon baby port-à-cath, en mars 2001 à Madrid, j'avais en tête d'en faire poser un tout neuf lorsque j'en aurai besoin. Surtout après les deux cures IV de 2015, pour lesquelles on m'avait posé un picc-line car on n'allait pas m'opérer pendant ma grossesse. Voilà, maintenant Adrien gazouille et sourit, et moi j'ai repris le chemin des hôpitaux.
C'est une petite opération, l'anesthésiste et son équipe sont les pros de la pose de la chambre implantable. Il avait été un peu surpris de ma demande de descendre au bloc avec mon iPod et ma musique, histoire de ne pas pouvoir entendre les cliquetis des instruments pendant l'opération, ce qui est mon angoisse dès qu'on me parle d'anesthésie locale. J'étais contente qu'il accepte, et j'ai dû me justifier auprès de chaque brancardier ou infirmière sur mon trajet de la chambre d'hôpital au bloc. Oui, oui, j'emporte mes écouteurs et ma musique, le chirurgien est d'accord !
En attendant que ça soit mon tour de passer au bloc, j'ai discuté avec ma voisine de lit, qui toussait comme moi et qui avait des ongles de muco. Elle n'était pas vraiment ravie de se faire poser cette petite boîte, même si le discours de l'anesthésiste était d'en parler comme un "nouveau bijou". Il ne brille pas mais il est en titane, un véritable bijou de technologie qui devrait durer quelques années en y prenant bien soin. J'ai essayé de la rassurer en lui montrant la cicatrice de mon ancien port-à-cath, qui est quand même assez discrète.
Puis je suis passée en salle d'opération, l'infirmière était adorable et j'ai discuté avec elle quasiment tout le temps de la pose, même avec la musique dans les oreilles. Je n'ai entendu aucun cliquetis d'instrument de torture, ni aucun juron du chirurgien... Bref, l'opération s'est très bien passée ! Les brancardiers ont juste oublié de venir me chercher ensuite, donc après quatre appels infructueux, c'est finalement l'infirmière qui m'a emmenée faire la radio de contrôle.
Je n'avais pas du tout mal en remontant à la chambre, mais en rentrant à la maison, les douleurs ont commencé à se manifester. La peau tire un peu sur la cicatrice, qui a beau être petite, j'avais quand même l'impression que tout mon corps était concerné. J'ai avalé un doliprane et je me suis couchée ! Le repos fait du bien mais il faut trouver la position adéquate pour ne pas tirer sur les chairs... ça va venir !
J'en ai pour une dizaine de jours de cicatrisation, et pendant ce temps-là, interdiction de porter des charges lourdes... y compris Adrien ! C'était vraiment la surprise, je ne m'attendais pas à ces consignes, alors qu'elles sont assez logiques. Du coup, j'ai actionné radio tam-tam pour lui trouver une baby-sitter pendant ces quelques jours où je ne vais pas pouvoir le prendre dans les bras.
Après une nuit difficile, mon salut est venu des anti-inflammatoires. Tout devrait rentrer dans l'ordre rapidement, et en attendant, je repasse en boucle ma playlist "Bonne Humeur", dont je vous livre mon top 10 :

  • Casser la voix, Patrick Bruel
  • One of these days, Teddy Thompson
  • Je t'écris, Grégory Lemarchal
  • Dès qu'j'te vois, Vanessa Paradis
  • Let it go, Demi Lovato
  • Bonfire Heart, James Blunt
  • Good ol' Days, The Script
  • Si tu ne me laisses pas tomber, Les Enfoirés
  • Feeling good, Michael Bublé
  • Le miracle, Céline Dion

Montez le son, et les bonnes ondes positives vont suivre !!
Rayons de sourire,
Jessica

Jeanne - 3 décembre 2001
Or, si j’acceptais de me faire poser une chambre implantable, j’allais gagner en autonomie. Elle m’avait assuré que tous ses patients qui avaient opté pour le port-à-cath profitaient à fond de ce nouveau confort et répétaient à l’envi qu’ils auraient dû le faire poser plus tôt. Apparemment, ce n’était pas non plus très contraignant hors période de cure. C’était plus l’opération qui m’angoissait. Surtout quand le chirurgien m’avait dit de ne pas m’inquiéter car je ne sentirais rien grâce à l’anesthésie locale. Comment ça, « locale » ? Il était très fier de m’annoncer que grâce aux progrès de la science, on pouvait m’éviter l’anesthésie générale. Il allait juste ouvrir au niveau de la jugulaire, faire une petite incision à la base du cou, une autre au-dessus du cœur pour y loger la chambre implantable et les tuyaux qui étaient reliés. Au vu de mon gabarit, le chirurgien avait opté pour un « baby port-à-cath », de format pédiatrique, dont la durée de vie était estimée entre cinq à dix ans. Le protocole était de rincer le dispositif une fois par mois quand je n’étais pas en cure, et à chaque perfusion dans le cas contraire.